L'article de Renaud Lambert (dont la lecture est fortement recommandée) « Les économistes à gages sur la sellette » publié dans Le Monde Diplomatique de Mars 2012 dénonce les conflits d'intérêts vivants que sont les économistes intervenant dans les grands médias. Ces derniers nous les présentent en effet comme des « experts » au regard de leurs titres universitaires alors qu'ils sont avant tout cadres dirigeants d'établissements bancaires, membre de conseils d'administration de grand groupes ou autre position à moralité fort limitée (ce que les journalistes qui les interrogent se gardent bien de préciser afin de laisser croire au public qu'ils ont un semblant d'objectivité et de pragmatisme).

La malhonnêteté intellectuelle de ce genre de personnages ne s'arrête pas là : je me permets de poster ici cet extrait d'interview tiré de l'article que l'on peut dispenser de tout commentaire.

Réalisateur du documentaire Inside Job, Ferguson a rencontré l’économiste Frederic Mishkin, de la Columbia Business School :

Ferguson. — En 2006, vous avez coécrit une étude du système financier islandais : « C’est un pays évolué doté d’excellentes institutions. Peu de corruption, Etat de droit, économie convertie à la libéra-lisation financière. Réglementation et surveillance prudentielles de qualité. »

Mishkin. — Là était l’erreur [en 2008, l’économie islandaise s’effondrait, ndlr]. Il est apparu que la réglementation et la surveillance prudentielles n’étaient pas satisfaisantes.

— Qu’est-ce qui vous a fait croire le contraire ?

— On s’en remet aux informations dont on dispose. Et l’opinion générale voulait que l’Islande ait d’excellentes institutions et soit très évoluée.

— Qui vous l’avait dit ? Quelles recherches aviez-vous réalisées ?

— On parle à des gens, on se fie à la banque centrale qui, finalement, n’a pas été à la hauteur.

— Pourquoi vous être fié à la banque centrale ?

— On s’en remet aux informations qu’on a.

— Ça vous a rapporté combien ?

— J’ai été payé… Le montant est public.

Mishkin a reçu 124 000 dollars [environ 95 000 euros] de la chambre de commerce islandaise pour rédiger son étude.

— Sur votre CV, le titre du rapport « Stabilité financière en Islande » a été changé en « Instabilité financière en Islande »…

— Oh… J’ignore pourquoi, mais… Il y a peut-être une coquille.

Deux comportements seraient donc à adopter de la part des « journalistes » afin de palier ce biais :

  1. Faire intervenir des économistes ne faisant pas l'objet de conflits d'intérêt (Frédéric Lordon,Paul Jorion, …). Il faut admettre qu'ils commencent à avoir (très peu) droit de cité dans les grands médias.

  2. Annoncer oralement ou afficher sur l'écran la liste des conflits d'intérêts des intervenants mais ceci aurait un impact fort : dans le cas oral, cela durerait plus longtemps que l'interview et dans le cas écrit l'écran serait parfois entièrement rempli (ce qui ne serait pas forcément néfaste car cela nous épargnerait leur sale gueule)

Personnellement je pencherais pour une méthode alternative encore plus efficace : bannir toute personne faisant l'objet de conflits d'intérêts de droit de parole en tant qu'expert. Les médias ne pourraient qu'y gagner en objectivité.